Le Nouvel Obs
Artisans : abonnés absents
Les plombiers patentés et peintres dûment estampillés sont surbookés. Reste la débrouille. Donc le travail au noir, à peu près jamais réprimé. Immoral et efficace.
Trouver le bon plombier déclaré qui viendra changer le robinet dans la semaine? Une gageure ! Dans les métiers du bâtiment, la main d’œuvre est rare et les entreprises sont surchargées. Si vous n'avez pas de l'eau jusqu'aux mollets, compter au minimum un mois et demi d'attente. Même en appelant de la part d'un ami. « Du coup, on a fait les Pages Jaunes », raconte Philippe (1), universitaire qui a refait cet été son appartement du 5e. Pour la tuyauterie, la journée de phoning vaut le coup. Mais pour les peintures ? Pas sûr.
Après son dégât des eaux, Olivier a opté, lui, pour Karim, un bricoleur au noir. Disponible, flexible, pas cher, et qui sait tout faire : la plomberie (qu'il assure avoir étudiée en Kabylie avant d'arriver clandestinement en France il y a six ans), la peinture, le carrelage. Un coup de fil et il débarque. Pour une journée d'enduit et de peinture, 350 €. Sûr que Karim n'est pas dans le Bottin. Plutôt dans les petits papiers du café du coin. Je ne tourne que par le bouche-à-oreille. » Ses prix défient la concurrence. « Pour poser du carrelage, c'est autour de 25 € le m² », quand un carreleur déclaré en demande entre 75 € et 105 €, hors taxes. Il bosse en solo ou, quand on lui demande une facture ou un certificat de conformité, sous couvert d'entreprises qui ont pignon sur rue : celles-ci refusent rarement les rallonges au noir.
La réduction de la TVA de 19,6% à 5,5% en 1999 ne serait pas assez attractive ? Selon le ministère de l'Equipement, les travaux déclarés auraient alors augmenté de... 6%! « Sans la TVA ni les cotisations sociales, la rémunération au noir est environ 40% moins chère », admet Lucien Contou, chef de la division (le lutte contre le travail illégal à l’Urssaf de Paris. Définitivement avantageux.
Et risqué ? Officiellement, l'employeur risque au pénal jusqu'à 3 ans de prison ferme et 45000 € d'amende. Dans les faits, l'inspection du travail ne se déplace pas sur les micro-chantiers. Et quand bien même, la peine est légère : « Les deux particuliers épinglés ces dernières années en Île-de-France s'en sont tirés avec 1000 à 2000 € d'amende. » L'Urssaf de Paris fait à peine mieux. Ses contrôleurs ont redressé, en 2005, une vingtaine de fraudeurs. Moins de 10 à Paris. Toujours sur dénonciation. « Les seuls vrais dangers, résume Lucien Contou, sont la rnalfaçon et l'accident. » Du coup, pour les chantiers lourds, les Parisiens jouent le moitié-moitié. Dans son appartement, Philippe a déclaré « le fondamental plomberie et électricité, et recruté un ami pour la peinture. 20000 € d'un côté, 2300 € de l'autre. Les petits malins, eux, déclarent seulement les travaux dangereux (réfection du toit) ou ceux donnant droit à des allègements fiscaux et à des aides financières. Le tout, avec la complicité des entreprises.
Morgane Bertrand
(1) Les prénoms ont été modifiés.
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